Caméra point and shoot, enregistreuse et cahier de notes à la main, Élisabeth Berge est motivée par le besoin d'expliciter les paradoxes et les impasses. Des envies d’une part d’extravagance, d'enivrement et de maximum et de l’autre, de minimum, de rien, d’absolution. L’idée est de comprendre ces paradoxes dans son propre système interne pour pouvoir mieux comprendre les autres et être en mesure de pouvoir rester avec les autres ; c’est une pratique qui cherche à comprendre comme ne pas fuir et pourquoi rester. Les prémisses de son travail apparaissent vers 12-13 ans, lorsque le dessin et l’écriture deviennent un exutoire. Ces pratiques de survie servent à se dissocier du monde, protégée dans un endroit clair, lumineux et sécuritaire : le papier. Ensuite naît le besoin de trouver des référents plus « punk » - pour un.e ado - en musique (Malajube, les Vulgaires Machins, Omnikrom) ou en littérature (Nelly Arcan, Réjean Ducharme, Milan Kundera). Elle est aussi attirée par des univers enfantins en télévision (Cornemuse, la Ribouldingue, Grugot et Délicat). Ces œuvres portées par des personnalités souveraines l’aident à découvrir son rôle au sein d’une famille plutôt conservatrice de banlieue, où elle est la septième fille d’une lignée de 7 enfants. Le mouvement de grève de 2012 marque son entrée dans l’âge adulte. La démarche intime se greffe alors au politique. Elle souhaite arriver à harmoniser les polarités et les paradoxes intérieurs dorénavant à l’aide de savoirs, de théories, de systèmes et de notions qui lui permettent de déconstruire, avec sa communauté, les oppressions systémiques et relationnelles. Elle se construit finalement par la spiritualité - méditation de pleine conscience, chamanisme et new-âge -, qui agit à titre de boussole dans son travail. Les cycles de la vie, leur impermanence et la confrontation à la temporalité sont pour elle des sujets de fascination. Élisabeth est aussi habitée par la question des modes physiologiques de survie - fuite, lutte ou paralysie - et ses travaux se penchent fréquemment sur l’affranchissement de ces stratégies d’évitement. Ses oeuvres peuvent aussi investiguer les niveaux d’énergie et leurs répercussion et associations avec, par exemple, des phases du cycle de la vie : fatigue, dépression, vieillesse, lenteur, nature morte, réclusion, solitude, isolement, tons ternes, milieux ruraux, décharnement et disparition qui compétitionnent avec fraîcheur, jeunesse, rapidité, adolescence, liberté, exploration, rêves, fantasmes, anxiété, trop-plein, vie citadine effrénée, sexuel, mouvement et couleurs vives. Finalement, Élisabeth s’intéresse à la décroissance, au slow living, au minimalisme, à l’adaptation et à la résilience in situ. Un enthousiasme la guide vers les modes de vie en marge et les processus qui mènent certains individus à choisir un mode de vie alternatif. Elle perçoit leur processus d’autonomisation et d’affranchissement vis-à-vis du système dominant comme un acte créatif en soi et cherche à en documenter les traces. L’idée centrale de son travail est qu’il est nécessaire de rester lucide face aux réalités socio-économiques et politiques tout en cultivant un émerveillement pour les choses simples de la vie. Son travail célèbre l’importance de la connaissance de soi et de ses origines, ainsi qu' une compréhension approfondie de l'histoire et de la généalogie. Les traces du passé - objets, archives visuelles, livres - sont alors décryptées, analysées à la loupe et la communauté est une grappe d'allié.e.s à interroger afin de saisir la pièce de puzzle manquante à l’énigme de l’essence de la vie. Pour elle, aucune rencontre ou découverte n’est coïncidence. Le présent regorge de trésors mystérieux et de portes à ouvrir. Le présent est un jeu. Élisabeth Berge se prête au jeu de maximaliser les possibles avec le minimum et compte cartographier les solutions. Elle se dit régulièrement que le vivant est fait de surprises et qu’il n’a pas fini de nous étonner. Ses créations prennent la forme de techniques mixtes ; combinaisons de matériaux comme des résidus de rue, des vieilles photographies, des dessins, des écrits manuscrits, de la poussière ou des archives de magazines. Une esthétique plutôt low-fi, néobaroque, street art, autobiographique et new-age se dégage de son travail, dont la création est vécue de manière organique et intuitive, comme un détective qui fait une enquête. Le tourbillon d’œuvres d’Alejandro Jodorowsky, d'Ingrid Betancourt, de bell hooks, de Milan Kundera, de Réjean Ducharme, de Nelly Arcan, de Victor Hugo, d'Elena Ferrante, de Starhawk, de Brigitte Fontaine, de Colette Magny, de Billie Holiday, de Malajube, des Vulgaires Machins, de Portishead, de Vivian Maier, d'Anne Émond, de Jiddu Krishnamurti, de Ravintsara Tagore, d'Eckhart Tolle, d'Abraham X ou encore, de Joe Dispenza la transporte. Surplombée par l’égrégore de leurs sagesses respectives, elle baigne dans une énergie brute aux arrangements atmosphériques, nostalgiques et mélancoliques. Cet ensemble d’influences lui inspire un art émotionnel, instinctif, introspectif, romantique, immersif et intense. Les expériences personnelles qui ont influencé son travail d'artiste sont d’abord et avant tout les expériences liées à la santé mentale, à l’approche « pathologisante » de la médecine occidentale et à la vulnérabilité humaine. Les modèles féminins forts aux destinées plutôt tragiques de son passé, tels qu’une gardienne, des grands-mères et des tantes, ont nourri son travail artistique en lui fournissant des récits riches en émotion, en complexité et en potentiel narratif. Leurs luttes personnelles ont pu inspirer ses œuvres en explorant des thèmes de perte, d’héritage familial et de force intérieure. Les adultes qui gravitent autour de ses parents, ainsi que ses grandes sœurs, agissent aussi tel des personnages de films, suscitant un fort désir de comprendre et d’interpréter leurs histoires complexes et paradoxales. Ces récits énigmatiques ont fait émerger les thèmes de mystère, de passion et de quête de sens dans son travail. Élisabeth Berge explore présentement ces sujets d’investigation de prédilection à l’aide de de nouveaux médiums - céramique, clavier et voix -.
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Camera point and shoot, recorder, and handwritten notebook in hand, Élisabeth Berge is motivated by the need to elucidate paradoxes and deadlocks. On one hand, desires for extravagance, intoxication, and maximum, and on the other, for minimum, for nothing, for absolution. The idea is to understand these paradoxes within her own internal system in order to better understand others and to be able to remain with others; it is a practice that seeks to understand how not to flee and why to stay. The premises of her work appear around the age of 12-13, when drawing and writing become an outlet. These survival practices serve to dissociate oneself from the world, protected in a clear, bright, and secure place: paper. Then arises the need to find more "punk" references - for a teenager - in music (Malajube, Les Vulgaires Machins, Omnikrom) or literature (Nelly Arcan, Réjean Ducharme, Milan Kundera). She is also attracted to childish universes on television (Cornemuse, La Ribouldingue, Grugot and Délicat). These works, carried by sovereign personalities, help her discover her role within a rather conservative suburban family, where she is the seventh daughter in a lineage of 7 children. The 2012 strike movement marks her entry into adulthood. The intimate approach then merges with the political. She wishes to harmonize the polarities and internal paradoxes from now on with the help of knowledge, theories, systems, and notions that allow her, with her community, to deconstruct systemic and relational oppressions. She ultimately constructs herself through spirituality - mindfulness meditation, shamanism, and New Age -, which acts as a compass in her work. The cycles of life, their impermanence, and the confrontation with temporality are subjects of fascination for her. Élisabeth is also inhabited by the question of physiological survival modes - flight, fight, or paralysis - and her work frequently focuses on emancipating these avoidance strategies. Her works can also investigate energy levels and their repercussions and associations with, for example, phases of the life cycle: fatigue, depression, old age, slowness, still life, seclusion, loneliness, isolation, dull tones, rural environments, emaciation, and disappearance which compete with freshness, youth, speed, adolescence, freedom, exploration, dreams, fantasies, anxiety, overflow, frenetic city life, sexuality, movement, and bright colors. Finally, Élisabeth is interested in degrowth, slow living, minimalism, adaptation, and resilience in situ. Enthusiasm guides her towards marginal lifestyles and the processes that lead some individuals to choose an alternative way of life. She perceives their process of empowerment and emancipation from the dominant system as a creative act in itself and seeks to document its traces. The central idea of her work is that it is necessary to remain lucid in the face of socio-economic and political realities while cultivating a sense of wonder for the simple things in life. Her work celebrates the importance of self-knowledge and of one's origins, as well as a thorough understanding of history and genealogy. Traces of the past - objects, visual archives, books - are then deciphered, analyzed under a magnifying glass, and the community is a cluster of allies to question in order to grasp the missing puzzle piece to the enigma of the essence of life. For her, no encounter or discovery is a coincidence. The present is full of mysterious treasures and doors to open. The present is a game. Élisabeth Berge engages in the game of maximizing possibilities with the minimum and plans to map out the solutions. She regularly says to herself that life is full of surprises and that it never ceases to amaze us. Her creations take the form of mixed techniques; combinations of materials such as street residues, old photographs, drawings, handwritten texts, dust, or magazine archives. A rather low-fi, neo-baroque, street art, autobiographical, and New Age aesthetic emerges from her work, which is experienced organically and intuitively, like a detective conducting an investigation. The whirlwind of works by Alejandro Jodorowsky, Ingrid Betancourt, bell hooks, Milan Kundera, Réjean Ducharme, Nelly Arcan, Victor Hugo, Elena Ferrante, Starhawk, Brigitte Fontaine, Colette Magny, Billie Holiday, Malajube, Les Vulgaires Machins, Portishead, Vivian Maier, Anne Émond, Jiddu Krishnamurti, Ravintsara Tagore, Eckhart Tolle, Abraham X, or Joe Dispenza transports her. Overwhelmed by the egregore of their respective wisdom, she bathes in a raw energy with atmospheric, nostalgic, and melancholic arrangements. This set of influences inspires her to create emotional, instinctive, introspective, romantic, immersive, and intense art. The personal experiences that have influenced her work as an artist are primarily experiences related to mental health, the "pathologizing" approach of Western medicine, and human vulnerability. Strong female role models with rather tragic destinies from her past, such as a guardian, grandmothers, and aunts, have nourished her artistic work by providing her with narratives rich in emotion, complexity, and narrative potential. Their personal struggles may have inspired her works by exploring themes of loss, family heritage, and inner strength. The adults revolving around her parents, as well as her older sisters, also act like characters in films, arousing a strong desire to understand and interpret their complex and paradoxical stories. These enigmatic narratives have brought out themes of mystery, passion, and the quest for meaning in her work. Élisabeth Berge is currently exploring these favorite investigative topics using new mediums - ceramics, keyboard, and voice -.